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Femme actuelle, France - le 13 mai 2013

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Notre interview de Leonardo DiCaprio :
"Je suis fier de faire l'ouverture à Cannes"

par Frank Rousseau

 

C’est aujourd’hui l’acteur le plus « bankable » et le plus séduisant de la planète. Dans « The Great Gatsby » de Baz Lurhmann (« Roméo + Juliette », « Moulin Rouge »), la star américaine réussit la prouesse – excusez du peu – de nous faire (presque) oublier la magnifique prestation de Robert Redford dans l’adaptation cinématographique réalisée il y quarante ans par Jack Clayton. Au fond, la différence entre Leo et son personnage créé par l’écrivain F.Scott Fitzgerald, c’est que ce dernier mène une existence basée sur les apparences (souvent trompeuses) et que DiCaprio lui, les combat farouchement. Homme pragmatique, depuis qu’il a compris que sa notoriété pouvait servir la cause verte, l’ex héros de « Titanic » n’a en effet qu’une ambition : éviter que notre planète Terre coule à pic !

 

Leonardo DiCaprio : l'ouverture du festival de Cannes et Gatsby le Magnifique

« Gatsby » va faire l’ouverture du Festival de Cannes. Une anecdote à nous raconter à propos de cet événement majeur ?

Leonardo DiCaprio : Monter les marches, c’est quelque chose qui compte dans la vie d’un acteur. Me rendre à Cannes, c’est un peu comme revivre la « Dolce Vita » à chaque fois. C’est comme si la ville entière s’était métamorphosée en un gigantesque, un tentaculaire tapis rouge. Ce que j’aime chez les Cannois c’est qu’ils contribuent, à leur manière, au succès et au rayonnement de ce Festival. Toute la collectivité respire et vit à l’heure du cinéma. Je suis ravi que « Gatsby » fasse l’ouverture de Cannes. J’en suis même fier. C’est une production risquée, un joyau et Cannes sera en quelque sorte son écrin. Baz (Ndlr : Baz Lurhmann) a su complètement réinventer ce chef d’œuvre de F.Scott Fitzgerald. Sa vision en est époustouflante !

Cannes, c’est également les paparazzis et ça ce n’est pas « great » du tout...

LDC: Je me demande à chaque fois que je vais à Cannes ce que vont bien pouvoir imaginer les paparazzis pour me pister. Cannes, c’est la grand-messe du cinéma mais c’est également une concentration de gens vraiment étranges.

Gatsby s’est inventé une vie, un passé, c’est un homme qui aime la lumière tout en gardant une part d’ombre notamment sur les origines de sa colossale fortune. Au cours de votre existence vous est-il déjà arrivé de prétendre être quelqu’un d’autre pour brouiller les pistes ?

LDC: Oui ! Quand vous exercez ce métier, vous ne pouvez pas descendre dans un hôtel sous votre vrai nom. Vous devez ruser pour que l’on vous fiche la paix ! La règle numéro un pour passer incognito c'est de se fondre dans la masse. Je connais des stars qui se plaignent parce qu'elles sont souvent sollicitées par des hordes de fans. C'est sûr que si vous descendez de votre limousine, avec chauffeur et gardes du corps à vos côtés, pour aller chercher du pain ou un cornet de glace à l'heure de pointe, vous risquez d'ameuter tout le quartier. La discrétion et l'uniformisation, il n' y a rien de mieux. J'ai compris trois choses depuis « Titanic ». Primo : que pour vivre tranquille, je ne devais plus parler de ma vie sentimentale. Secundo : que vous ne pouvez rien contre les rumeurs. Et tertio : que plus ces rumeurs sont énormes, plus les gens les gobent !

Votre personnage dans « The Great Gatsby » est animé par une seule idée : reconquérir Daisy (Carey Mulligan), cette femme qu’il a tant aimée, qu’il n’a pas su garder et qui s’est mariée entre temps avec un époux volage. Cela devient une idée fixe pour lui. Une torture mentale. Il va idéaliser Daisy au point de devenir quasiment fou dans ces années…folles ! Pourquoi cette attirance marquée pour les rôles « borderline » ? On a l’impression que vous en avait fait votre marque de fabrique…

Leonardo DiCaprio : Je ne choisis pas un film ou un rôle en me disant : « Tiens ! Comme la dernière fois j’ai tourné dans un film de science-fiction, cette fois-ci, il faut que je tourne dans un biopic ou dans une comédie romantique ! ». Je ne suis pas un « planificateur ». La seule chose qui m’intéresse, c’est le profil du personnage que l’on me demande d’incarner et l’histoire que l’on me demande de raconter. Et plus ces personnages sont complexes, plus on a dû mal à les cerner, plus je ressens le besoin de mettre en lumière leurs zones d’ombre. Que ce soit pour J.Edgar Hoover, Howard Hugues ou Gatsby le Magnifique, toutes ces personnalités hors normes, qu’elles soient réelles ou fictives, ont soulevé un tas de questions auxquelles j’ai voulu répondre. Et puis franchement, je fais ce métier pour me transcender.

Ce héros de l’écrivain américain F.Scott Fitzgerald est aussi un fêtard patenté, un « party guy » invétéré. Vous vous reconnaissez dans ce côté « je brûle la vie par les deux bouts » ? Bref quels peuvent bien être les vices de Leo DiCaprio ?

LDC: Je fume un petit cigare par-ci par-là. Rien de bien méchant. Un verre d’alcool occasionnellement. Je dis occasionnellement car il ne faudrait pas non plus que l’on tombe dans la controverse. Et quand j’ai mal à la tête, je me rassure en me disant que c’est peut-être mon auréole qui me serre de trop !

Avez vous une autre addiction à nous révéler ?

Leonardo DiCaprio : Oui mais celle-là ne nuit pas à la santé ! Pour rien au monde, je ne manquerais un match des Lakers. Quand les Lakers marquent un panier ou sont sur le point de réaliser une passe décisive, vous sentez la foule en délire. La passion est telle qu’elle ressemble à une énergie volcanique. Le sol gronde avec la clameur. C’est un truc qui vous prend par en-dessous. Qui vous soulève. De vraies forces telluriques !

Et la peur de vous retrouver seul comme Gatsby ou d’être entouré par de faux amis, des pique-assiettes, des profiteurs, est-ce que vous la ressentez parfois ?

LDC: C’est le risque que l’on prend en étant acteur. C’est l’impossibilité de savoir si on vous fréquente parce que vous disposez de certains accès ou pour la personne que vous êtes. Quand vous exercez ce métier, vous devez vous attendre à connaître des moments de solitude intense ! Parfois, vous tournez dans des lieux très loin des gens que vous aimez. Le soir, quand vous vous retrouvez seul dans votre chambre d’hôtel, c’est très dur. La seule présence, c’est votre image dans le miroir. Vous vous rendez compte alors que votre existence n’a décidément rien de normal.

Un adjectif revient souvent dans les articles que les journalistes écrivent sur vous. Cet adjectif, c’est acteur… cérébral ! Vous réagissez comment quand on vous colle ce genre d’étiquette ?

LDC: Cérébral ? Je ne pense pas ! Disons que je pense être plutôt un acteur qui aime faire passer des messages ou faire bouger les choses. A ma connaissance, il y a deux sortes d’acteurs à Hollywood. Ceux qui gesticulent de façon stérile et ceux qui essayent de s’intéresser aux différentes facettes du genre humain. C’est un terrain de jeu formidable et quasiment inépuisable. Il suffit de regarder autour de nous.

Votre toute première audition… vous vous en souvenez ?

LDC: J’avais neuf ans. Tout d’abord, il m’a fallu dénicher un agent qui voulait bien s’occuper de moi. Le premier que j’ai trouvé m’a suggéré d’aller chez le coiffeur et de changer de nom. Il trouvait le mien trop “ethnique” et souhaitait le remplacer par un sobriquet plus... ”pain blanc” : Lenny Williams ! J’ai refusé, et j’ai quand même trouvé du boulot, notamment dans quelques pubs.

Si vous n’aviez pas été acteur, vous vous seriez orienté vers quelle profession ?

Leonardo DiCaprio : Toute mon enfance, j’ai rêvé de devenir océanologue, biologiste ou environnementaliste. Quand j’avais une dizaine d’années, à la question « Que veux-tu faire plus tard ? » posée par l’un de mes profs, j’avais répondu sans la moindre hésitation: « Me faire embaucher par le commandant Cousteau pour sauver les baleines, les dauphins ainsi que ces millions de méduses qui s’échouent lamentablement sur les plages ». Dans leur chambre, mes potes avaient collé des posters de David Hasselhoff en pleine action ou faisant du bouche-à-bouche à des pin-up à forte poitrine. Moi, c’était la Calypso prise sous tous les angles ! J’avoue que ce n’était pas très sexy mais rien que de regarder ce symbole des expéditions scientifiques me donnaient des envies de voguer aux quatre coins du monde ! L’appel du large... Il n’est jamais trop tard. C’est peut-être ce à quoi je me consacrerai à 100 % quand je serai à la retraite.

A propos de plongée sous-marine, j’ai cru comprendre que vous aviez failli boire la tasse il y a quelques années ?

LDC: Oui ! En explorant les fonds sous-marins des îles Galapagos. Tout avait bien débuté. Une visibilité parfaite. Peu de courants. Je filmais avec une vieille caméra étanche un banc de raies pastenagues et puis soudain, la catastrophe, mon détendeur ne m’alimentait plus en air ! A ce moment-là, j’ai vu ma vie défiler devant moi. Comme nous étions descendus assez profondément, j’ai pris une grosse inspiration pour rejoindre le chef de plongée qui a partagé son oxygène avec moi. La seule chose à laquelle vous pensez dans ces circonstances, c'est « Sors moi de cette merde… et vite ! »

Restons dans l’eau. S’il n’y avait pas eu le raz-de-marée « Titanic », pensez-vous que vous seriez le Leo que tout le monde s’arrache aujourd’hui ?

LDC: Soyons réalistes, des films de l'envergure de « Gangs of New York » ou « The Aviator » auraient eu du mal à être financés si je n'avais pas fait partie de la distribution de « Titanic ». En langage hollywoodien, je suis devenu une « cash machine » alors autant que ça serve pour des projets qui en valent la peine ! Le grand bénéfice de « Titanic » c’est, au fond, d’avoir pu me permettre de devenir un catalyseur de projets. Quand j’ai tourné « Titanic » avec Kate Winslet, nous étions pour ainsi dire des novices dans ce métier. Kate et moi savions que nous étions en train de participer à un gros blockbuster. Pour autant, nous étions loin de nous imaginer que nous nous retrouverions du jour au lendemain propulser au rang d’icône vivante. Ce qui nous a sauvé tous les deux de la folie, c’est que nous avions une capacité à bien rester les pieds sur terre et que nous prenions beaucoup de distance lorsqu’on s’adressait à nous comme si nous étions des dieux vivants ! Pour preuve : Je me trouvais au beau milieu de la forêt vierge, en Amazonie, quand des Indiens en pagne et peintures tribales vinrent à ma rencontre. L’un d’entre eux me pointa du doigt et me dit : « Toi mort dans grande pirogue en fer voguant sur les mers ! Toi… Jack !!!! »…

Avez-vous des regrets par rapport à votre carrière ? Est-ce que vous vous dites parfois : « J’aurais dû faire ci et pas ça »?

LDC: Je n’ai aucun regret, sincèrement. J’aurais pu en avoir si, en regardant dans le rétroviseur, je m’étais dit : « Tu n’as rien fichu ! Tu t’es endormi ! Tu n’as pas su saisir les incroyables opportunités que l’on t’offrait ! Tu n’as pas su profiter de ta chance ! ». Mais franchement, ce n’est pas le cas.

Vous venez de tourner pas moins de trois films d’affilée. Ne deviendriez-vous pas esclave de votre passion pour le cinéma ?

LDC: D’une certaine manière, oui. Mais je le fais de mon propre chef. Il n’y a personne pour me forcer. Je vais lever le pied dans les mois à venir afin de me consacrer encore plus à l’environnement. Ce n’est pas tant le public qu’il faut sensibiliser mais nos élus. La plupart de ceux et celles qui nous dirigent n’ont, en effet, qu’une vision à très court terme des risques encourus par notre planète et donc par l’humanité entière !

Comment expliquez-vous ces années d’aveuglement de la part de ceux qui nous gouvernent ?

Leonardo DiCaprio : Lorsqu’on lui parle de la Terre, l’homo-politicus ne raisonne pas nécessairement en terme de patrimoine mondial, mais bien souvent en terme de dépotoir. Démocrates et Républicains nous ont fait de belles promesses. Au final, pratiquement aucune n’a été tenue.

LDC: Parce que pendant des années, les impératifs économiques – liés à l’hyper-industrialisation, à la course au profit, à la compétitivité et au consumérisme de masse - ont été plus pris en compte que le respect de la maison-Terre. Regardons les choses en face, la politique environnementale telle qu’elle a été pensée dans les années 80-90 aux Etats-Unis et dans d’autres pays puissants, est complément absurde ! Elle me fait songer un peu à un coup de peinture que l’on aurait donné à la va-vite sur un mur pourri. Conséquence, aujourd’hui, la peinture cloque et le ciment s’effrite ! Ce que les "pollueurs" ne comprennent pas, c'est que nous sommes en train de nous tuer progressivement. De scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Prenez les gorilles en voie de disparition à cause, notamment, du déboisement des forêts. En les privant de nourriture et d'espaces préservés, c'est un peu de lui-même que l'homme est en train de sacrifier. Ne sommes-nous pas en effet vaguement cousins ?

Depuis quand vous penchez vous sur cette planète bleue malade des hommes ?

LDC: Ma « conscience » écologique remonte à mon plus jeune âge. Et plus précisément, le jour où, à l’école, un prof nous a montré le gros nuage jaune-fluo qui survolait Los Angeles. Un nuage de pollution !

Gatsby a développé une sorte de fascination pour l’argent. Comme le héros de Scott Fitzgerald vous venez d’un milieu modeste. Parlez-nous de votre relation avec les billets verts ?

LDC: Vous savez pourquoi les stars sont payées si cher ? C’est parce qu’elles doivent encaisser toutes les conneries qu’on peut écrire sur elles ! Trêve de plaisanterie. L’argent peut très vite devenir une addiction si vous n’y prenez pas garde. Surtout lorsqu’on vous offre des sommes mirobolantes. Au début, vous vous laissez doucement avoir. D’autant plus si vous avez grandi dans un milieu où l’on devait économiser pour s’offrir tel ou tel truc. C’était mon cas…



Leonardo DiCaprio : "Green Gatsby"

"Vous avez entendu parlé du shark finning ?", nous a demandé Leo ? « C’est une pratique qui me révolte autant qu’elle me dégoûte ! Elle consiste à couper les ailerons de requins vivants avant de les relâcher dans la mer. Tout ça pour alimenter les plats chinois et satisfaire les populations asiatiques qui pensent trouver dans ces ailerons des vertus thérapeutiques ! Il faut savoir que 73 millions de bêtes sont ainsi abattues durant l'année.

Il fallait agir de toute urgence car 90% des populations de requins dans le monde ont été décimés par la surpêche et le shark finning. N’oublions pas que les requins sont une partie cruciale des écosystèmes de la planète. Bref, je suis heureux que cette pratique soit désormais interdite dans les eaux côtières de nombreuses nations, y compris les Etats-Unis. Saviez-vous que la Californie a été, à un moment, l’un des plus gros exportateurs d’ailerons de requins vers l’Asie ? Un jour, lors d’une plongée, j’ai vu un de ces merveilleux prédateurs amputé de ses organes, agonisant sur un lit de sable, au fond de l’eau. Tous les plongeurs vous le diront. C’est un spectacle pathétique.

Si je me suis donc à ce point impliqué c’est parce que j’aime évoluer au milieu de ces animaux. Je n’ai aucune envie de plonger dans un monde dépourvu de requins ! Ils font partie du décor et de la chaîne écologique. ». Pour soutenir Leo dans son action, vous pouvez vous rendre sur son site www.leonardodicaprio.com et signer la pétition. «Personne n’a envie en effet que les fonds sous-marins se transforment en une immense piscine sans vie » conclut Leo. S’il y a bien une palme que nous aurions envie de décerner à notre Leo, c’est celle de la star eco-friendly la plus active de la planète. Et ça, ce n’est pas du cinéma !

Thanks to Johanne for the alert !

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